Stella
est biologiste, spécialiste d’exobiologie,
d’astrobiologie. Elle travaille sur une nouvelle
conception de la vie, sensiblement en décalage avec les
visions classiques. Ses dernières recherches portent sur
la «conscience» des êtres
vivants. Elle accorde dans l’immédiat une priorité à sa
carrière, les questions sentimentales étant «programmées» pour
plus tard. Elle est du genre à joindre l’utile à l’agréable,
et, pour cela, elle aime dîner au restaurant en compagnie
de collègues biologistes, membres du «Club des
hérétiques» comme ils s’appellent,
avec qui elle ne cesse d’échanger des points de
vue. Elle a chez elle toute une collection de bonzaïs qu’elle
bichonne. Moins ils sont «réguliers», plus
ils ont une forme «chaotique», plus elle les aime.
Elle affectionne les randonnées et les promenades dans
les bois, en compagnie de son chien Andromède, un teckel.
Elle se décrit comme «rêveuse» et
souvent «tête en l’air». Mais en fait,
c’est parce qu’elle réfléchit beaucoup,
qu’elle a la tête dans les étoiles, et parfois
en conduisant. Elle reconnaît que ce n’est pas prudent
pour une personne si attachée à la vie, mais elle
se dit que c’est sans doute une «malédiction» due à son
prénom Stella, qui signifie Étoile.
Elle aime l’exotique,
découvrir d’autres
cultures, d’autres styles de vie. Elle s’est souvent
rendue dans les territoires d’outre-mer, et pour ses prochaines
vacances, elle compte découvrir l’Afrique, l’Afrique
noire en particulier. Parce qu’un de ses amis, Gabriel,
est d’origine togolaise, cela lui donne l’idée
de passer ses prochaines vacances au Togo. Avec Gabriel ils discutent
beaucoup d’astronomie, d’astrophysique et surtout
de biologie, parce qu’ils sont étrangement sur la
même longueur d’onde sur la conception de la notion
de vie. Ses relations avec Gabriel sont plus que de la simple
amitié. Elles sont plus que platoniques mais sans réellement être
une histoire d’amour. Elles ont quelque chose de «fraternel»,
de «spirituel», qu’elle a du mal à décrire,
car il ne s’agit pas de «fraternité» ou
de «spiritualité» au sens religieux classique
du terme. C’est quelque chose comme une «spiritualité scientifique»,
une «spiritualité cosmique», une communion
avec l’Univers. Mais Gabriel lui
donne parfois le sentiment d’être secrètement amoureux d’elle,
sans toutefois être pressé de le déclarer.
Stella prend tout son temps dans les questions de l’amour
mais, curieusement, Gabriel donne quant à lui le sentiment
que lui et elle seront encore vivants dans un million d’années,
et alors il lui dira enfin : «Stella, je t’aime».
Il ne semble pas du tout inquiet de la perdre, qu’elle
tombe amoureuse de quelqu’un d’autre entre-temps,
car c’est comme s’il lui disait : «Ce sera
mon tour dans un million d’années ou dans une autre
vie». Elle se perçoit comme atypique, mais avec
Gabriel elle
a trouvé bien plus atypique qu’elle.
Il lui parle souvent d’un de ses amis qui comme elle aime
les arbres. Cela donne à Stella l’envie de le rencontrer,
mais l’occasion ne se présente jamais…
Un midi d’avril 1991,
dans un restaurant, elle vit à travers
la fenêtre une amie qu’elle n’a plus revue
depuis longtemps, et qui semblait demander un renseignement à un
passant. Elle se leva pour aller à sa rencontre, trop
brusquement peut-être. Un homme passant près de
sa table ne la vit pas se lever, parce qu’il regardait
en arrière. Les deux entrent en collision, se cognent
la tête l’une contre l’autre, manquant de s’embrasser.
Mais comme chacun pensait être la cause de l’incident,
ils s’excusent mutuellement et spontanément, avant
de se dévisager l’un l’autre. Et quand ils
se regardèrent, Stella dit : «Encore vous ! Décidément
vous me suivez partout ! Que me voulez-vous ?» Et la réponse
fut : «C’est à moi de vous demander pourquoi
vous vous mettez toujours en travers de mon chemin ? Deux fois
dans la même journée, c’est deux fois de trop.
Vous me feriez vraiment un grand plaisir en disparaissant de
mon existence !» Quelques autres «petits» mots
peu aimables furent échangés en la circonstance,
et ils se séparèrent.
Élie est, en voiture,
toujours pressé d’arriver à destination.
Il cherche toujours le chemin le plus court, et quand, à un
croisement, il peut passer alors que ce n’est pas à lui
de passer, il en profite plutôt. Cette manie lui vient
peut-être de son métier de programmeur de jeux vidéo
où il cherche toujours la solution la plus rapide. Il
se dit «cartésien» et, en dehors de son
travail, il est passionné du jeu d’échecs.
La puissante Dame est sa pièce préférée,
et il est redoutable quand il attaque avec elle, surtout quand
elle est accompagnée d’au moins un Cavalier. Et
si un Fou apporte son concours, alors le Roi adverse a des soucis à se
faire, car «la fin est proche» !
La Théorie des accidents
calculés, la Théorie
des coïncidences programmées, la Théorie de
l’aléatoire fabriqué, la Théorie du
hasard-nécessité, la Théorie du sens caché dans
le non sens, la Théorie de l’ordre caché dans
le désordre, bref la Théorie du chaos, il s’y
connaît un peu, car c’est un des «paradoxes» de
l’informatique, de la programmation, où on réalise
que le «hasard», l’«aléatoire»,
ne peut qu’être «calculé», ce
qui revient à dire que le «hasard» n’est
finalement pas un «hasard». La Théorie du
chaos, il s’en sert pour créer les décors
de ses jeux vidéo. Sur ce plan il est «perfectionniste» et
il aime rendre les paysages les plus réalistes possibles.
Il a une certaine prédilection pour les forêts,
les arbres qu’il «crée» de toutes
les formes. Pour cette raison, il aime rouler en campagne et
en montagne pour s’inspirer des décors divers. Il
aime la «science-fiction», persuadé de l’existence
de vies extraterrestres. Son rêve ? Les voyages intergalactiques.
Il est intimement convaincu qu’un jour cela sera une réalité.
En attendant, il a voyagé un
peu partout dans le monde, et il connaît nombre de pays
africains. Un de ses amis en France, Gabriel,
est d’origine
togolaise, et ils se connaissent depuis son arrivée
en France en 1985. Avec lui, Élie discute informatique
et surtout des «langages
orientés objet». Gabriel travaille, plus particulièrement
depuis 2003, à une théorie mathématique,
la Théorie
Universelle des ensembles ou Théorie
de l’Universalité, qui est à la fois ce qu’il
appelle le «Langage
universel des ensembles» ou
le Logos ou encore le Verba.
C’est un langage mathématique
très concret et très vivant qu’Élie
apprécie, car avec ce langage l’Univers est une
gigantesque et très étonnante Informatique, Botanique,
Génétique et Biologie. L’Univers devient
ce qu’il appelle la grande Théorie du Chaos, la
Fractale, l’Arbre !
Mais Gabriel est lui aussi
est passionné du jeu d’échecs.
Quand il joue avec les blancs, alors il ouvre très souvent
avec le pion de la Dame et alors Élie le met en très
grande difficulté avec une «défense est-indienne»,
une très originale variante qu’il a mis au point.
Mais quand Élie, avec les blancs, joue en ouverture le
pion du Roi, son ami adopte systématiquement la «défense
française» et il bâtit une forteresse noire
très difficile à prendre. Il laisse les blancs épuiser
leur énergie dans des attaques infructueuses, et soudain
les pièces noires se déchaînent dans un terrible
combat final où la fin du Roi blanc est une simple question
de temps, oui de temps… Alors Gabriel lui dit : «Tu
dois savoir, Élie, que quand je joue la «défense
française», alors les couleurs sont inversées,
je suis blanc en étant noir et tu es noir en étant
blanc. Et j’attends d’avoir le dernier mot, de conclure
les débats.»
C’est grâce à Gabriel
qu’Élie
a inscrit le Togo dans sa « grande vadrouille » touristique
qui enrichit son imagination des paysages. Il s’y est rendu
une première fois en 1990. La seconde fois ce sera en
2003, mais alors il sera avec sa femme et leurs deux enfants.
Il a eu l’occasion de constater le culte de la personnalité du
président togolais, que son ami appelle le «Baobab
de Pya» ou encore le « dieu du Camp». Il connaît
la petite curiosité du pays qu’est la Faille d’Alédjo,
dont il a fait un des décors de son dernier jeu vidéo.
L’endroit n’a rien de vraiment extraordinaire, mais
s’il s’en rappelle, c’est parce que, distrait
par la forêt et par le paysage, il a failli manquer le
virage et se retrouver dans le précipice. De plus, c’est
sur la principale route du pays, axe international emprunté par
des pays du nord du Togo qui ont besoin d’un accès à l’océan,
précisément au port de la capitale Lomé.
Cette presque unique route du pays est pourtant en très
mauvais état, particulièrement à cet endroit
très endommagé par les poids lourds, et donc rendu
encore plus dangereux. Si Élie a failli y laisser sa vie,
c’est parce que, regardant les cimes des arbres de la forêt
dans le bas-fond, il a été surpris par un énorme
trou sur la chaussée qu’il a voulu éviter.
Gabriel lui parle souvent
d’une amie biologiste qui a
une grande passion pour les bonzaïs. Elle en possède,
dit-il, de toutes sortes et de toutes les formes. Il lui promet
toujours de les faire se rencontrer un jour, mais ce jour n’arrive
jamais…
En France, une fin d’après-midi de fin d’avril
1991, roulant sur une sinueuse mais belle route de montagne,
très pressé comme d’habitude, il aperçoit
dans le décor quelque chose d’insolite, l’arrière
de ce qui semble être une voiture accidentée. Son
premier mouvement est de passer. Mais, envahi soudain par un
sentiment de non assistance à personne en danger, il s’arrête,
fait demi-tour et revient vers la voiture aperçue. Le
spectacle est saisissant : la voiture a été par
bonheur immobilisée par un arbre. Plus loin, c’est
un grand ravin, et la chute n’aurait laissé aucune
chance de survie à l’automobiliste. Élie
s’approche très prudemment pour porter secours à la
victime qui se révèle être une conductrice.
Elle roulait manifestement trop vite et elle a manqué le
virage. Il la trouva affalée sur le volant, inconsciente,
un filet de sang sur le front. Il s’aperçoit alors
très vite qu’elle ne lui est pas inconnue. C’est
une personne que, quelques semaines auparavant, il avait souhaité voir
disparaître de son existence. Et voilà que son vœu
est en train de se réaliser sous ses yeux, comme s’il
avait formulé une prophétie.
Élie marque une petite
seconde d’hésitation
qui traduit un certain embarras, mais surtout un remords, puis
il lui porte le secours nécessaire. Stella reprend conscience
et découvre le visage de son «bon samaritain».
Le fait que les routes des deux existences se croisent une troisième
fois n’a pas été sans effet sur la manière
dont l’homme et la femme se sont regardés. Ils n’ont
pas eu besoin de se le dire, mais ils ont cette fois-ci compris
que quelque chose veut que leurs vies se rapprochent l’une
de l’autre, l’une de l’alter. Suite à cela,
une autre relation se forme entre eux. Ils ne tardent pas à découvrir
qu’ils ont un ami commun : Gabriel ! Une grande amitié naît
vite entre eux, qui, au bout de deux ans, se transforme en une
histoire d’amour.
Gabriel se faisait alors
plus rare auprès de l’une
comme auprès de l’autre, mais Stella fut rassurée
de savoir qu’il ne faisait pas une «petite jalousie».
Au contraire, elle avait une bizarre impression qu’il souhaitait
leur amour, et ce pour une raison qui échappe à Stella.
Sa discrétion était comme celle de quelqu’un
qui se disait : «Mission accomplie. Laissons maintenant
les deux tourtereaux nous mijoter de petits oisillons, tous des
petits anges, si possible.» Oui, il ne les a jamais directement
présentés l’un à l’autre, et
pourtant il était un grand trait d’union caché entre
eux, et il était de toute évidence pour quelque
chose dans leur union. Au début de leur idylle, il dit
sous forme de boutade, mais tout en étant à la
fois sérieux : «Si votre premier enfant est un
garçon, vous me feriez un honneur en l’appelant
Hubert. Mais s’il est une fille, j’aurais aimé que
vous l’appeliez Estelle, mais j’ai déjà dans
mon cœur une Estelle, oui une Stella, oui une Étoile,
qui y prend beaucoup de place. Alors si vous n’y voyez
pas d’inconvénient, appelez-la Angélique.
Mais ceci étant, c’est votre plus grand droit de
l’appeler autrement, comme bon vous semble, par exemple
Mathix, Élisée, Alexis, Jérémie,
Daniel, Jacques ou Jean, pour un garçon, et Mathie, Marie,
Martine, Cynthia, Lauriane, Claire ou Aurore, pour une fille.
Vous voyez, vous avez toute une infinité de choix… En
effet, vous avez à chaque fois le choix entre sept noms,
et sept signifie dernier du cycle ou infini, comme le septième
jour, comme le septième ange ou comme les sept esprits
de Dieu…». Vraiment bizarre ce Gabriel !
Le 4 avril 2004 fut le dixième
anniversaire du mariage d’Élie et Stella. Ils
choisirent cette date car le 4 avril 1991 fut ce qu’ils
appellent «le jour
des baisers». C’est le jour de leur premier «accident»,
du baiser réussi des voitures, et aussi celui de leur
deuxième «accident», de leur baiser tête
contre tête dans un restaurant. Ils s’aiment beaucoup,
même s’il y a entre eux des hauts et des bas, et
parfois des scènes de ménage qui rappellent leur
premier «dialogue». Quand le ton monte entre eux
et qu’ils se mettent à échanger des «compliments»,
si ce n’est pas l’un, alors c’est l’autre
qui dit : «Dis-moi les mots d’amour de notre première
rencontre.
- Si tu y tiens, ma petite ordure de luxe.
- Bien sûr que cela me fait plaisir, mon petit salaud,
mais je réserve le mot de première classe pour
notre prochaine dispute.»